L’auteur :  Rodrigue Murzeau est élève administrateur territorial à l’INET. Originaire des Mauges dans le Maine-et-Loire, il s’intéresse particulièrement à la ruralité, à l’action sociale et aux affaires culturelles. Il a réalisé son stage d’observation auprès du Directeur général des services du Département du Loiret entre juin et juillet 2018

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Niché au cœur de la France, en région Centre-Val de Loire, jouxtant l’Ile-de-France au nord et la Bourgogne-Franche-Comté à l’est, le Loiret se rencontre au fil de la Loire. Peut-être injustement méconnu, le département orléanais manque sans doute plus de notoriété que d’attractivité. Le voyageur y trouvera de nombreux atouts, tant dans le patrimoine que dans la qualité de vie.

Sans doute le Loiret est-il d’abord marqué par sa capitale, la noble Orléans. La cité johannique a été bâtie par ces pierres de Loire qui, calcaires et blanches, donnent aux villes une clarté qui ne tarit jamais. Ductile, le tuffeau a fait la joie des tailleurs pour donner à la pierre la finesse de la dentelle. L’Hôtel des Créneaux témoigne de cet art. Pour autant, la façade de l’Hôtel Groslot, l’ancien Hôtel de Ville, démontre que la brique peut elle aussi rivaliser d’élégance.

Le centre historique, s’ouvrant sur la rive droite de la Loire, offre une certaine diversité architecturale. On y trouve alternativement de larges travées solennelles et de sinueuses ruelles médiévales ; les grandes bâtisses bourgeoise des rues Royale et Jeanne d’Arc côtoient les colombages de Sainte-Catherine et de l’animée rue de Bourgogne. De ce décor varié se dégage pourtant une harmonie propre aux villes d’histoire.

La rue Jeanne d’Arc lors des fêtes éponymes à Orléans

Car l’histoire a bien traversé Orléans, avec l’une des figures féminine les plus célèbre et célébrée qu’il soit : Jeanne d’Arc. L’héroïne hante encore toute la ville, en particulier dans la rue qui porte son nom, véritable avenue des Champs-Elysées orléannaise, ornée des armes de tous ses compagnons et offrant sur la Cathédrale Sainte-Croix une incontournable perspective. Non loin, sa statue imposante domine la large place du Martroi. Orléans refuse en effet de laisser aux extrêmes une figure aussi républicaine. Loin d’être l’emblème passager d’une France conservatrice, Jeanne d’Arc s’impose comme l’étendard éternel de la modernité. Femme, jeune, et pauvre, son destin semblait scellé par des plafonds de verre encore actuels. Mais son exemple invite à les défier encore et toujours, par le courage, l’audace et la liberté de croire en son destin.

Il est inenvisageable de réduire le Loiret à sa seule capitale. Le département connait de nombreux autres trésors pour renforcer son attrait.

Au nord, près de Pithiviers, s’élèvent les remparts de Yèvre-le-Châtel, hauteur rare dans la Beauce plane. La forteresse, consolidée par Philippe-Auguste au XIIIème siècle, fut une place forte de la Guerre de Cent-Ans. En effet, elle fut l’une des seules places fortes au nord de la Loire à ne pas céder aux assauts anglais et bourguignons. La robustesse de ses murailles ne protège plus aujourd’hui que les légendes médiévales, les pas admiratifs des visiteurs, et le caractère affirmé de sa pittoresque cité.

Au sud, le Château de Sully-sur-Loire, également initié par Philippe-Auguste, s’impose comme une perle hors du temps. Ses larges douves et ses puissantes tours laissent penser qu’il s’agit à nouveau d’une place forte, au charme tout militaire. L’allure est trompeuse. L’intérieur du château n’est consacré qu’à l’apparat, d’ailleurs fort apprécié par ses plus nobles visiteurs, tels Voltaire ou Louis le Grand. La Grande Salle présente depuis le XVIème siècle une exceptionnelle charpente en berceau brisé. Cela lui donne l’aspect d’un navire renversé, comme une invitation au voyage intérieur. Le reste de la demeure se compose de vastes antichambres décorées, où semble encore palpable le faste de la Renaissance. Si le Val de Loire en a peut-être perdu les excès, il en a gardé toute la délicatesse. Vues des chambres aux tapisseries raffinées, les douves infranchissables semblent alors se transformer en un aimable lac, plus propice aux songeries affective qu’aux assauts acharnés.

Le Château de Sully-sur-Loire au Sud du Loiret

Loin des sentiers dessinés par l’histoire, le voyageur peut s’aventurer sur les sillons nouveaux de notre monde contemporain. En se rendant au nord-est, aux Tanneries d’Amilly, il découvrira l’étonnant musée d’art contemporain du Loiret. Comme lui, les collections présentées ne sont que de passage. Les performances principales sont mêmes réalisées sur place, grâce à la résidence d’artiste du musée. Les Tanneries d’Amilly sont un lieu étonnant. Entre les feuillages où le soleil serpente avec malice, le long du Loing lent et langoureux, loin des grandes places, si proches du passant : c’est ici que surgit, brute, la créativité. Traces de notre temps mais rêves d’un autre monde, tutoyant ce que l’homme a d’éternel mais éphémères comme lui, visant l’universel pour mieux toucher le particulier,  ces œuvres contemporaines sauront guider qui le veut sur les chemins escarpés de l’inédit.

Après Orléans, après les perles du Loiret, il reste une troisième voie à explorer, qui donne au département tout son rythme : celle de l’eau. Elle s’arpente à pied comme à vélo, le long de la Loire et des canaux de Briare et d’Orléans, qui forment ensemble le « Triangle d’eau » amené à devenir la marque du département. Le Triangle d’eau commence à Briare, réputée pour son exceptionnel pont-canal. Cet ouvrage d’art, fruit de l’ingéniosité de l’homme, permet à l’eau d’enjamber l’eau. Le canal nous entraine jusqu’à Montargis, petite Venise percée de minces canaux et de charmantes ruelles, où la flânerie rencontre la joie de vivre. D’ici s’élance le Canal d’Orléans pour rejoindre la capitale et son fleuve, la Loire, ce monument naturel qui mérite à lui seul un détour loirétain. La Loire a tout d’un lion à la crinière verte : imposante, noble, le souffle lent, le règne sûr, sa puissance n’égale que sa paresse. Mais lorsqu’elle se lève et surgit de son lit, elle retrouve l’énergie des grands fauves ; rien ne lui résiste, et toutes les rives tremblent.

Le pont-canal de Briare, dans le « Triangle d’eau » du Loiret

La voici, la vraie souveraine du Loiret. Osons suivre l’exemple de cette indétrônable reine : comme elle, traversons le Loiret, sans hâte, sans précipitation ; glissons entre ses vallées et ses plaines ; jouissons de ses cités paisibles … et, si elle le permet, posons-nous un instant sur son flanc millénaire pour songer à d’autres voyages encore.

Rodrigue Murzeau

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Le Loiret, un département au fil de la Loire