La promotion Salvador Allende a voulu connaître les impressions de Valérie Chatel, sur son expérience en tant que présidente du jury du concours d’administrateur territorial 2011, et sur la vingtième promotion d’élèves administrateurs territoriaux qui entamera sa formation à partir du mois de mai 2012.

EAT : le jury avait-il défini des critères et des qualités qu’il souhaitait valoriser en amont ?

Valérie Chatel : le jury s’était fixé quatre principaux critères d’évaluation des candidats à l’oral. Le plus important d’entre eux était l’examen de la capacité à travailler en équipe, d’abord durant les dix-huit mois de la formation à l’INET, puis une fois en poste dans les collectivités et avec les élus. Le second, la pertinence de la vision territoriale développée par les candidats. Être capable de construire des relations positives, valorisantes et constructives en termes de management a également été discriminant pour les candidats. Enfin, le jury a souhaité valoriser les candidats qui affirmaient leur capacité à participer à la décision, en donnant leur avis de façon argumentée lorsque cela leur était demandé.


Pour résumer, le jury n’était pas à la recherche de « super star » mais plutôt à la recherche de l’esprit collectif, de la capacité des candidats à s’appuyer sur leurs compétences mais également à valoriser les compétences des autres.

Comment appréciez-vous le niveau des candidats qui se sont présentés cette année ?

De manière générale, les candidats admissibles répondaient bien aux attentes du jury. Chacun était très bien préparé, avec une bonne perception des enjeux liés au management et au travail en groupe. Tous les candidats étaient d’une grande valeur et certains ont même montré des connaissances étonnantes en histoire ou en littérature. C’est donc un encouragement à se représenter pour ceux qui n’ont pas été reçus cette année (surtout s’ils ont des notes proches de la moyenne) : c’est souvent par manque de maturité et non par manque de compétences qu’ils n’ont pas eu des notes suffisantes.

Le jury avait-il des objectifs en matière de diversité ?

Le jury avait également pour objectif de recruter une promotion diverse, de par ses origines géographiques et sociales, et respectant la parité. Il me semble que cet objectif est atteint. En revanche, je regrette que les candidats, y compris les internes, soient issus dans leur quasi-totalité des mêmes formations, délivrées par les instituts d’études politiques et dans une moindre mesure les écoles normales supérieures et les écoles de commerce pour les candidats issus du 3ème concours.  L’université est la grande absente des concours de la haute fonction publique et je pense qu’il faudrait mener des actions auprès des étudiants pour les inciter à se présenter.

Quels conseils pourriez-vous donner aux futurs candidats ?

Je conseille avant tout de prendre une posture juste, de ne pas donner de leçons au jury mais aussi d’éviter les excès de timidité et les propos trop convenus. Si je devais rencontrer des futurs candidats, je leur dirais en quelques mots « Ne récitez pas et ne vivez pas l’entretien comme une interrogation, n’hésitez pas à montrer votre naturel et votre personnalité ! Le jury n’est pas là pour vous mettre en difficulté mais pour apprécier vos capacités et vos qualités, comme dans un entretien d’embauche. Enfin, s’il n’est pas pénalisant d’avoir passé l’ENA, au contraire, les candidats qui n’ont qu’une vision d’Etat du service public seront desservis par rapport à ceux qui développeront une vision territoriale de l’action publique.

Qu’est ce que cette expérience vous a apporté ?

La présidence du jury était d’un point de vue personnel une belle aventure, au cours de laquelle se créent des liens avec les autres membres du jury mais également avec les candidats. J’ai apprécié de m’extraire de mon temps de travail pour être dans un rôle qui contribue à la réflexion sur l’action publique et le service public. Il était important pour moi d’aller à la rencontre des futurs fonctionnaires, pour partager avec eux des valeurs et une culture commune, au-delà des connaissances théoriques. L’entretien permet de rencontrer des personnalités aux parcours différents et cela est très enrichissant. C’est pourquoi j’ai d’ores et déjà prévu, en accord avec l’INET, de venir à la rencontre de la promotion que j’aurais contribué à constituer pour échanger avec les élèves administrateurs de la P20.

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« A la recherche de l’esprit collectif », entretien avec Valérie Chatel