L’auteur : Thibault Berger est administrateur territorial. Il est diplômé de Sciences Po, et est originaire de Tours. Il a réalisé son stage d’observation auprès du Directeur général des services de la Ville du Havre. Son rapport de stage thématique vise à analyser l’organisation mise en place par le Département du Nord en matière d’absentéisme. Les sujet qui l’intéressent sont ceux liés à la transformation des organisations et à l’amélioration du service rendu aux usagers.

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Sur le papier glacé des images standardisées, le Havre ne se distingue pas particulièrement comme une ville photogénique. Et en toute franchise, ce n’est pas pour cela que je l’avais choisie. Au-delà de la réflexion liée spécifiquement au stage d’observation, je voulais trouver une ville représentative des réalités territoriales d’aujourd’hui. Une ville qui soit à la croisée des chemins, de taille raisonnable, avec des difficultés certes mais des opportunités fortes. Autant dire que je n’ai pas été déçu.

Panorama de la plage du Havre

Le Havre a connu tous les enjeux des territoires en redéfinition.  C’est une ville exposée au monde, qui en a connu tous les soubresauts. Frappée par la désindustrialisation et la mondialisation, concernée au premier plan par les modifications des chaines de valeurs mondiales, marquée par son passé communiste, concernée par la périurbanisation, la Ville du Havre a dû réagir : en repensant son organisation, son management administratif, en réinterrogeant ses choix, en renforçant son attractivité, en dynamisant son urbanisme. Or, tous les territoires ont aujourd’hui à se redéfinir et peuvent apprendre des trajectoires de ceux qui ont déjà eu à le faire.

Et en matière de redéfinition, peu de territoires ont autant à transmettre que le Havre. Créée à partir de rien par François Ier, le Havre est d’abord une interface portuaire. Dès le départ ce territoire se réinvente, autour de l’activité humaine générée par le port à qui il faut donner une ville. Détruite à 82% en 1944, le Havre doit immédiatement se reconstruire et le choix est fait de ne pas restaurer les bâtiments détruits.  De la perte traumatique des traces visibles de son histoire, le Havre tire une particularité unique : celle d’avoir un centre-ville construit d’un seul bloc, avec des principes architecturaux transversaux conçus par Auguste Perret et ses collaborateurs.  Elle en tire aussi une forme de compatibilité avec la modernité, de liens paysagers avec les villes américaines, on y verrait bien des grattes ciels de verre et d’acier…

Et ce qui est surprenant autant qu’attachant, c’est que les havrais eux même ont parfois l’air de découvrir que leur ville est unique. Avec une discrétion et une pudeur toute normande, la ville fait vivre sa labellisation UNESCO, modifie son mobilier urbain, installe des œuvres d’art à travers une politique culturelle ambitieuse, met en valeur son patrimoine, aménage sa plage et son espace maritime. Portée par sa capacité de résilience, ouverte sur le monde, ancrée dans un bassin industriel comme la France en compte peu, le Havre incarne pour moi tous les espoirs que l’on peut porter pour la réussite de nos territoires.

Fragiles à bien des égards, ces opportunités reposent pour beaucoup sur les capacités d’écoute, de prospective, d’innovation et de leadership de leurs acteurs.  C’est un défi et un privilège énorme d’y travailler, tous ceux et toutes celles que j’ai rencontrés en sont conscients. Quand vous vous promènerez au Havre (pour l’ouverture de son festival artistique le 29 juin ?), j’espère que la lumière incroyable du soleil de la Manche éclairera la ville et vous fera voir toute sa beauté. Une beauté tirée d’une énergie folle, de reflets dans l’Eglise St Joseph, d’œuvres d’art au coin des rues, de super tankers au large, de grues et de containers, de pêcheurs et d’ouvriers, de cadres et de restaurateurs, d’une ville qui, dans son coin d’Estuaire, continue d’avoir la prétention de conquérir le monde, et dont le caractère ne peut pas laisser indifférent.

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Le Havre : une ville qui a de la gueule !