Du 19 au 22 janvier, le groupe de travail ruralités et outre-mer organisait plusieurs rendez-vous autour de ces thématiques. L’occasion d’aborder des sujets fondamentaux comme l’accès aux services publics en milieu rural, la réciprocité entre rural et urbain ou la vie chère dans les territoires ultra-marins.

Cette semaine s’inscrivait dans le cadre du module Développement territorial. Le premier rendez-vous était consacré à une rencontre avec Stéphane Delautrette, député de la Haute-Vienne, et président de la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation de l’Assemblée nationale. Il est notamment l’auteur du rapport d’information sur le développement et le maintien des services essentiels dans les territoires ruraux qui revient sur l’accès aux services essentiels dans un monde devenu de plus en plus difficile. Il dresse également un bilan du programme France services et des dispositifs de revitalisation des zones rurales.
Le député a expliqué la démarche qu’il a souhaité incarner avec ce rapport : « Il existe un problème de trésorerie dans les territoires, ce qui accentue les difficultés en milieu rural, a-t-il précisé. Cela participe au sentiment d’abandon et s’est traduit par le mouvement des gilets jaunes (NDLR : fin 2018) ». Plusieurs réponses ont été apportées aux attentes des habitants des la ruralités : le déploiement de France services, Petites villes de demain, Villages d’avenir. Les échanges ont porté sur la pertinence de ces outils et les solutions à apporter aux collectivités rurales. Le rôle de l’intercommunalité a été évoqué comme relais d’ingénierie en interne pour répondre aux besoins exprimés sur un territoire, besoins qui dépassent très souvent les frontières administratives. « La volonté politique est nécessaire, mais il faut laisser la main aux élus », a ajouté le député. L’aller- vers a également été cité, avec un accent posé sur la nécessité de réarmer les services publics locaux de fonctionnaires : « Les habitants ont besoin de lien, les dispositifs et financements ne sont pas la seule solution, il faut une présence humaine », a conclu Stéphane Delautrette. Cette conférence inaugurale s’est terminée par un « apéro des régions », proposant mets et breuvages de nos contrées rapportées de nos lieux de résidence ou derniers lieux de stages en projets collectifs.
Réciprocité rural-urbain
Le second rendez-vous était consacré à la mise en place de projets de coopération entre zones urbaines et milieu rural entre Strasbourg, le Parc naturel régional (PNR) des Vosges du Nord et le tiers-lieu La Vigotte lab. Pour participer aux échanges, Rita Jacob Bauer intervenait en tant que directrice du PNR des Vosges du Nord, Pierre Laplane, directeur de l’Agence d’urbanisme de Strasbourg Rhin supérieur (ADEUS) et Louise Haran, responsable des opérations et de la planification au tiers-lieu La Vigotte Lab.



Cette logique de réciprocité permet de valoriser les potentiels spécifiques de chaque territoire, une sorte de contrat gagnant-gagnant. Plusieurs conditions sont requises pour que ce type de contrat soit efficient : un réel volontarisme politique, l’identification d’actions concrètes à court, moyen et long terme par les acteurs locaux (élus, techniciens, conseil de développement, associations, entreprises…), la rédaction d’un protocole d’engagement et l’intégration des projets retenus dans les programmes de chacun des acteurs (pacte métropolitain, contrat de plan Etat-région, contrat de ruralité). Pour cette soirée dédiée à la réciprocité entre rural et urbain, l’exemple de l’Agence d’urbanisme de Strasbourg Rhin supérieur (ADEUS) a permis de mieux comprendre comment la ville et l’Eurométropole ont choisi de travailler avec le PNR des Vosges. Ils ont ainsi travaillé autour de trois axes :
- le climat et l’environnement
- le soutien à l’économie locale
- l’aménagement et les mobilités.
Concrètement, cela se traduit par de l’élevage responsable et des filières qui alimentent les restaurants scolaires de la ville de Strasbourg, même pour fournir des repas dans un premier temps de façon ponctuelle. Les intervenants ont conclu : « partons du problème, du projet, de l’envie, et si c’est clair, on trouvera le financement ou les moyens ».
La vie chère en outre-mer
La dernière conférence de la semaine mettait à l’honneur la Martinique et les Outre-mer sur le thème de la vie chère, faisant écho à la récente proposition de loi visant à prendre des mesures d’urgence contre la vie chère et avec la participation de sa rapporteuse, Béatrice Bellay, députée de Martinique. Mathieu Carniama, maître de conférences en droit public à l’Université des Antilles et Aurélien Adam, Secrétaire général de la préfecture de la Martinique, sous-préfet de Fort-de-France, SGAR, ont également participé aux échanges afin de mettre en exergue les points de vue juridique et étatique du sujet.
Cette proposition de loi a été présentée en décembre 2024, « motivée par la grogne en Martinique car la réalité dans les pays des Océans » a précisé la députée de Martinique. Pour le professeur Carniama, « les origines de la vie chère dans les territoires ultra-marins possèdent des racines juridiques en droit français, hérité du colonialisme. Nos territoires insulaires sont éloignés des sources d’approvisionnement. » Les Outre-mer sont touchées de plein fouet par les contraintes de marchés des petits territoires. « La surconcentration des acteurs économiques tuent les petites initiatives », explique-t-il. La difficulté, s’il y a peu d’acteurs, c’est de réussir à avoir des prix concurrentiels. Pour ralentir cette concentration, la députée précise qu’il faut certes agir sur ces monopoles et sur les prix mais défend aussi un droit à maîtriser la dépendance aux exportations : « Par exemple, pour nous le Mercosur n’est pas une aberration : nous pourrions nous fournir en Amérique grâce à des clauses miroir car ce sont nos voisins géographiques ». Pour autant, les collectivités ont peu de marges de manœuvre sur la fixation des prix qui reste une compétence nationale. Aurélien Adam, Secrétaire général de la préfecture de la Martinique, a expliqué qu’un protocole est en place depuis 2024 pour baisser les prix de plus de 6 000 produits de consommation courante, essentiellement alimentaires, en Martinique.




Enfin, les débats se sont poursuivis sur l’octroi de mer, une taxe perçue au profit des collectivités locales des départements d’Outre-mer (départements et communes) qui s’applique aux marchandises introduites dans les D.O.M. en provenance de métropole ou d’autres pays. L’objectif principal de l’octroi de mer est de générer des revenus pour les communes et les régions des DOM, pour financer des projets d’aménagement, des infrastructures, des services publics… Aujourd’hui, les ultra-marins souhaiteraient que cette taxe bénéficie aux produits locaux, mais comment considérer qu’un produit est local ? Béatrice Bellay va plus loin : « Doit-on protéger la vie chère ou s’assurer que les produits de première nécessité restent abordables ? ».
Un concours photo spécial territoires
Le groupe de travail Culture, en lien avec les groupes de travail Ruralités et Outre-mer et Sport, organisait un concours autour de deux thématiques : les petits commerces et l’esprit d’équipe. Pendant leurs projets collectifs, les élèves des trois filières étaient invités à saisir un cliché illustrant l’une de ces thématiques. Les photos sélectionnées ont été affichées à l’Inet avec un diplôme remis aux deux élèves qui ont reçu le plus de votes de la part de leurs camarades, en marge de l’apéro des régions.








